Ostéopathie et intimité

La consultation en ostéopathie se joue dans l’espace intime (du patient comme du thérapeute). Mais il s’agit d’un espace intime neutre. Imposition des mains, magie, croyances… L’ostéopathe est l’objet de nombreuses symboliques et représentations qui ont un rôle dans le processus thérapeutique.

Schéma illustrant le concept de proxémie avec les distances intime, personnelle, sociale et publique.

4 distances dans la relation à l’autre selon E.T. Hall : intime, personnel, social et public.

Notions de base

Edward T. Hall, anthropologue américain, a publié dans les années 1970-80 des travaux qui décrivent la dimension subjective qui entoure quelqu’un et la distance physique à laquelle les individus se tiennent les uns des autres selon des règles culturelles subtiles. Selon lui, quatre distances principales s’établissent entre les individus : l’intime, la personnelle, la sociale et la publique (source Wikipédia). Hall a donné comme nom à ce concept de perception dynamique de l’espace la proxémie.

Ainsi à chaque situation donnée une distance sociale est établie par les acteurs en présence. Cependant la proxémie est propre à chaque culture, plus encore à chaque personne.

L’ostéopathie en toute intimité

La consultation en ostéopathie, en tant que thérapie à médiation corporelle, créée un nouvel espace intime. Ni dans l’acte sexuel et ni dans la lutte, l’ostéopathe a accès à l’intimité charnelle des patients avec leur autorisation. Mais bien plus qu’une autorisation, il s’agit en amont d’une demande des patients. Et cette demande est porteuse de croyances.

Le cheminement des patients en amont de la rencontre effective avec l’ostéopathe réduit progressivement la distance passant d’un espace virtuel à un espace mixte (social/personnel) pour arriver à un espace personnel et enfin un espace intime.

Il s’agit cependant d’un intime que je qualifie de neutre car il possède des caractéristiques autres que celles que Hall a pu décrire. Le terme de neutre peut se justifier a minima par les deux raisons suivantes : premièrement l’acte sexuel et le combat relèvent tous deux de la survie de l’espèce (inter ou intra-individuelle) ; l’ostéopathie ne peut prétendre agir à ce niveau bien entendu. D’autre part le patient et plus encore l’ostéopathe agissent en connaissance de cause, tous deux connaissent par avance la proximité qui est celle de la consultation en ostéopathie.

« L’ostéopathie, moi j’y crois »

Cette proximité, l’immédiateté de la thérapie ostéopathique et la méconnaissance du public permettent aux patients d’accéder à des systèmes de croyances et de représentations. Quelqu’en soit l’objet, la croyance en tant que phénomène cognitif semble agir en faveur du processus thérapeutique, quelque peu à l’instar de l’imposition des mains (cf. Les Rois Thaumaturges de Marc Bloch).

Énergie, Divin, Magie et d’autres objets encore de croyances semblent se côtoyer dans l’inconscient collectif afférent à l’ostéopathie. Les croyances en présence, comme l’évoque Obadia, sont plutôt de la sphère du religieux, notamment en lien avec l’imposition des mains.

Il me semble qu’il est du devoir de l’ostéopathe de ne pas abuser de celles-ci (les croyances) en entretenant un mystère quant à l’action thérapeutique, bien que cela paraisse facile et permette de satisfaire l’orgueil. Cependant, il ne faudrait pas pour autant anéantir les croyances en présence connaissant leur rôle dans le processus thérapeutique.

L’immédiateté de la pratique ostéopathique va à l’encontre de l’outillage de plus en plus distantiateur que l’on rencontre en médecine qui ont toujours plus tendance à éloigner le patient du thérapeute.


Pour aller plus loin :

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2 réflexions sur “Ostéopathie et intimité

  1. Bonsoir Vivien,
    J’ai lu avec attention et grand intérêt ton article (version pdf). Tout d’abord je trouve cela bien écrit d’une part et les prismes choisies intéressant.
    Des aspects sont moins présents dans ton texte concernant la sacralisation de la consultation opérée par le mode opératoire rythmé de celle ci mais également la détemporalisation dans laquelle on place le patient (qui est imposée par la définition de l’espace « sacré » de la pièce de consultation) et la spatialisation que l’on redonne au patient (c’est une des idée fondamentale de Littlejohn) et qui s’exprime sous divers termes tels que repositionnement, redresser, recentrer, équilibrer, mettre en mouvement…
    Puis je te suggérer aussi, pour aller plus loin (ou plutôt plus haut) « images et symboles » de Mircea Eliade qui permet de comprendre que la pensée symbolique est consubstantielle à l’être humain.
    Du même auteur également tu peux trouver un grand intérêt à la lecture du livre « le sacré et le profane » car il n’en demeure pas moins que la consultation d’osteopathie est en effet un chemin initiatique de la part du patient et les mythes, les symboles et les images ne sont pas des créations irresponsables de la psyché.
    Bien à toi, au plaisir de te lire… encore
    David PRUNET

    • Merci David pour ces précisions et suggestions, de nouvelles lectures intéressantes à faire ! J’espère bientôt proposé un travail plus abouti sur ce thème.
      Au plaisir d’écrire alors 🙂

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